Aujourd’hui, aucun être humanoïde normalement constitué n’apprécie d’être comparé à un mouton (la célèbre histoire des « moutons de Panurge » est souvent associée, dans l’esprit des gens, à l’image d’un mouton qui saute d’une falaise et qui est suivi par tout un troupeau) ; encore un parallèle bien peu flatteur pour les animaux, et qui est bien sévère envers les moutons !
Revenons tout d’abord sur le comportement du mimétisme en groupe, et sur ses nombreux avantages. Vivre en troupeau et s’imiter permet d’accroitre la vigilance contre les prédateurs, de mieux s’en protéger en cas d’attaque, optimise la recherche d’une source de nourriture… bref, c’est très pratique ! Et à y regarder de plus près, on se rend compte que le mimétisme n’est pas présent en permanence, cela dépend « de l’importance relative que chaque animal accorde au comportement de ses voisins et à ses propres motivations ». En gros : je continue de grignoter tranquille ce délicieux parterre de pissenlit, ou je commence à m’affoler parce que mon copain d’à côté est subitement parti de l’autre côté du pré ?
Le suivi et l’analyse des déplacements collectifs d’une centaine de moutons en troupeaux ont permis de mettre en évidence deux phases :
1. Une dispersion lente (« je fais ce que je veux dans mon coin et je ne regarde pas les autres),
2. Une phase de regroupement avec des déplacements très rapides (« je me bouge les fesses et je suis mon copain de près »).
La succession de ces phases permet d’obtenir un équilibre dans le troupeau, afin d’explorer un espace suffisamment grand pour subvenir aux besoins de nourriture de chacun, tout en maintenant un groupe compact qui apporte une protection face aux prédateurs potentiels.
Sans faire de finalité abusive et penser que « ces comportements se sont équilibrés pour… », il faut avouer que ce savant mélange de désordre et d’organisation est tout à fait impressionnant… et nous éclaire un peu plus sur l’intelligence collective (ou en tout cas ce qui nous semble être de l’intelligence collective, vu de l’extérieur).

Pour en savoir plus, lire l’article : Intermittent collective dynamics emerge from conflicting imperatives in sheep herds. Ginelli, F, Peruani, F., Pillot, M.H., Chaté, H., Theraulaz, G. & Bon, R. Proceedings of The National Academy of Sciences USA. 28 septembre 2015.