Il était une fois un chercheur, en 2009 (Broom, D.M., Sena, H., Moynihan, K.L., 2009. Pigs learn what a mirror image represents and use it to obtain information. Animal Behaviour, 78. pp. 1037–1041) qui découvre de formidables capacités cognitives chez le cochon, qui rejoindrait ainsi les rangs des « animaux intelligents » aux côtés des humains et autres primates, des éléphants, des dauphins et de certains perroquets. Oui mais voilà : lorsque, cinq ans plus tard, une autre équipe de recherche remet ces résultats en cause, le doute s’installe…

cochon-used-miroirL’équipe de Gielding et al. ont reproduit le protocole de Broom au plus près de sa description : des cochons dans une arène de test, un miroir placé au fond et orienté de façon à voir un bol de nourriture invisible sans celui-ci. Pas de biais olfactif : l’odeur (de M&Ms en l’occurrence : c’est l’appât qui a été choisi par les chercheurs !) est diffusée dans d’autres endroits de la pièce. Deux traitements à chaque fois : des cochons « naïfs » pour un premier test, des « habitués » pour un second (qui ont été incités à regarder dans le miroir).

Avec Broom, le taux de réussite est impressionnant : 7 cochons sur 8 pour le premier cas, 9 sur 11 dans le second. Pour Gielding, c’est la déception : seul 1 cochon sur 11 passent trouvent le bol de M&Ms, pour les deux protocoles.

Ce dernier modère donc les résultats du premier : oui, les cochons sont capables de se servir d’un miroir pour trouver de la nourriture (avec toutes les capacités que cela impliquent : reconnaître leur image dans un miroir, savoir localiser un objet dans l’espace) ; mais pas tous. Selon Gielding, nous sommes en fait aux limites des capacités des cochons.

Revenons un instant sur les guillemets qui entourent « animaux intelligents », parce qu’il me paraît important de commenter cette définition. Si la recherche de capacités cognitives chez les animaux nous aide (nous les humains) à mieux les comprendre et surtout à mieux les respecter, alors d’accord, mille fois d’accord. Mais cette recherche de raisonnements partagés par les animaux et les humains n’est-elle pas à nouveau la preuve de notre anthorpomorphisme galopant ? Pourquoi ne pas chercher chez les animaux des capacités que eux-seuls possèdent, comme l’incroyable mémoire spatiale des geais par exemple ?

C'est l'histoire d'un cochon et d'un miroir...
C’est l’histoire d’un cochon et d’un miroir…

En savoir plus en lisant : Gieling, E. T., Mijdama, E., van der Staaya, F. J. & Nordquista, R. E. 2014. Lack of mirror use by pigs to locate food. Applied Animal Behaviour Science, 154. pp. 22–29

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